{Moralités Ménagères} Comment l’esprit vient aux filles !

 

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« Mes filles font leur chambre. » Bravo.Il serait d’ailleurs assez déplaisant, actuellement, qu’une adolescente trouvât naturel de se faire servir, qu’elle admit même que sa mère fît son lit, ou cirât ses chaussures. Mais il faut bien reconnaître que ce qu’Hélène, Françoise ou Marguerite appellent « faire leur chambre », c’est rabattre les draps et saluer la poussière d’un léger balancement de torchon, sans avoir l’impolitesse de la pourchasser dans les coins.

Ce n’est pas ainsi qu’on se prépare à devenir une maîtresse de maison :

c’est-à-dire à mettre efficacement –donc intelligemment- la main à la pâte. Comment initier une jeune fille aux bonnes traditions, revues et corrigées par tout l’appareil moderne ? Vous me direz qu’il y a des écoles d’Art ménager. Oui, mais toutes ne peuvent suivre ces cours. C’est donc à la mère qu’incombe cet enseignement. Comment s’y prendre ? Car Mesdemoiselles regimbent : j’ai regimbé comme elles, et leurs filles regimberont…

Pourtant, en usant de tact, d’astuce, de diplomatie, de charme, de rouerie, de patience, de persévérance et d’un sens délié de l’opportunité, une mère normale peut parvenir à inculquer à une fille également normale les connaissances qui lui permettront d’affirmer à une belle-famille éventuelle qu’elle sera une très bonne maîtresse de maison, tout en pensant, « in petto », qu’il est vraiment navrant d’être obligé de mentir de la sorte. Le plus fort c’est qu’elle ne mentira pas : car Mademoiselle, qui n’aura pris apparemment aucun intérêt à la cuisine familiale pas plus qu’au repassage des chemises de Papa, aura tout de même acquis des connaissances qui lui reviendront comme par enchantement lorsqu’il s’agira de flatter la gourmandise d’un mari, et de repasser le linge de cet heureux mortel. N’entendez-vous pas tous les jours des mères avouer : « Lorsque ma fille s’est mariée, je la croyais incapable de tenir sa maison, elle qui n’a jamais daigné faire sa chambre « à fond ». Eh bien, elle s’en tire admirablement ».

Pour la préparer à s’en tirer admirablement, faites-lui faire différentes choses « avec vous », de manière à ce qu’elle prenne les bonnes méthodes : la meilleure manière de faire un lit, le raccommodage, la vaisselle, un peu de cuisine, de la grillade au plat de fête qu’elle tiendra à honneur de proclamer son œuvre. Et tout ira bien.

A condition que vous n’usiez jamais d’autorité. Car vous le savez comme moi : avec les jeunes générations, la méthode autoritaire, zéro

Marcelle AUCLAIR

Source: « Arts Ménagers Janvier, 1952″

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