{Moralites Menageres} Nouvelle lecon des hirondelles

Je vous ai déjà parlé le mois dernier de mes hirondelles, de leurs deux maisons. Depuis, j’ai continué à les regarder vivre. J’ai vu les petits se hasarder au bord du nid, d’où l’on découvre, d’un seul coup, l’immensité du monde. Et puis, j’ai assisté à la première leçon de vol. Elle a souvent peur, la petite aronde, lorsqu’il s’agit de s’élancer dans le vide. Ses parents l’encouragent, en traçant autour d’elle de grands cercles précis : les ailes aiguës semblent fendre l’air bleu. Mais si l’enfant hésite par trop, papa et maman hirondelle se fâchent. Il y a, sur les fils téléphoniques, quelques trépignements d’oiseaux. Enfin, alternativement cajolés et grondés, les petits osent tenter la terrible, la merveilleuse aventure.

 

Heureuse jeune hirondelle ! Plus heureuse que beaucoup d’enfants de ma connaissance. Car il est un fait qu’il s’agit de dénoncer, contre lequel il est de plus en plus important de s’insurger : le nombre croissant des enfants affreusement, horriblement mal élevés.

 

Jusqu’à présent, on pouvait s’inquiéter de la faiblesse de beaucoup de parents. Mais il est une mode nouvelle contre laquelle il sied de protester. C’est la mauvaise éducation voulue et organisée. D’où cela nous vient-il ? Il s’agit de « complexes » comme l’on dit à tout propos.

 

« Afin d’éviter, paraît-il, à l’enfant des « complexes » on lui passe consciemment ses trente-six volontés et le marmot, fleurant le vent, se hâte d’en avoir beaucoup plus de trente-six !

 

Que dites-vous d’un bébé que l’on aide presque à mettre son pouce dans la bouche pour s’endormir ? On m’a empêchée, il y a belle lurette, de sucer le mien, et mon Dieu, je n’ai pas le sentiment d’être spécialement bourrée de complexes freudiens !

Que dites-vous de parents qui ne sauraient décider d’une promenade sans s’enquérir courtoisement auparavant des buts et des projets d’un moutard de cinq ans ? Que dites-vous d’un gamin de onze ans qui dit froidement à Madame sa mère :  » Ca n’est pas vrai ! » sans que sa mère semble trouver le fait extraordinaire ni répréhensible ?

Je ne sais s’il est de bonne pédagogie de fesser les enfants, mais il serait certainement utile de fesser certains parents.

 

J’y songe : n’existe-t-il pas une Ecole des Parents ? « 

 

Marcelle AUCLAIR

Source : ‘Arts Ménagers’, Octobre 1952

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