{Moralites Menageres} Noel | Une grand-mere se souvient…

Dans les prochains jours, fêtes obligent, nous vous faisons partager les « Moralités Ménagères » de Noël !

« Mes enfants : Noël, c’est votre fête. C’est pourquoi, ce mois-ci, j’écris pour vous. Je vais vous raconter les Noëls de mon enfance. Lorsque j’étais petite la mode des arbres de Noël n’était pas encore venue des régions du Nord et de l’Est dans toute la France. On nous racontait que c’était le petit Jésus qui descendait dans la cheminée nous apporter des joujoux.

Alors tous les enfants de la maison disposaient leurs souliers devant l’âtre, dans leur chambre. Nous avions bon cœur, nous aimions beaucoup le petit Jésus, nous pensions qu’il devait avoir très froid à circuler ainsi sur les toits, et nous mettions, à côté de nos chaussures, quelque chose à boire et à manger pour lui : un peu d’eau dans notre timbale, un gâteau ou une orange. Là-dessus, au lit, dans un tel état de surexcitation que nous étions bien sûrs de ne pas nous endormir, il s’agissait de rester éveillés pour voir l’enfant Jésus… Mais à peine avions-nous la tête sur l’oreiller que nous voilà partis, comme tous les soirs, au pays des songes…

Je me rappelle tout de même, une nuit, avoir entendu des pas, des bruissements de papier de soie ; j’ai fait un grand effort pour lever mes paupières, malgré tout, l’envie de dormir a été plus puissante que la curiosité.

Le lendemain matin, nous sautions du lit avec de grands cris, et pati-pata sur le tapis, nous courions vers la cheminée, où nous découvrions des merveilles entourées de tout ce qui pouvait nous faire plaisir, depuis les mandarines dans un papier d’argent jusqu’à la grande poupée qui marchait en envoyant des baisers. Et sur la cheminée, la crèche scintillante d’étoiles, devant laquelle les enfants chantaient : « Il est né le divin enfant  » !

Ce joli tintamarre réveillait les parents, et toute la famille s’extasiait en chœur.

Mais ce n’était pas tout, un jour de fête est un jour de fête, n’est-ce pas ? Il s’agissait maintenant de « se faire belle » pour aller à la messe… Sur un pique-feu tiède, on enroulait les cheveux pour faire des belles boucles retenues par un ruban de soie rose ou azur. Là-dessus, le chapeau des dimanches. Et nous portions notre tête comme un Saint-Sacrement. Et c’est à peine si nous osions nous asseoir, de crainte de froisser les volants de la robe.

Dehors, le froid piquait, il gelait les poils du petit col de fourrure qui nous mouillait le nez. Mais le son des cloches, l’église illuminée, nous emplissait le cœur d’une joie inoubliable, et le grand déjeuner réunissait toute la famille autour de Bonne-Maman.

Nous recevions beaucoup moins de jouets que vous n’en avez. Je crois que nous étions plus contents. Pourquoi ? Mais cela concerne vos parents. Nous étions des enfants soignés, mais nous n’étions des enfants gâtés. Ce n’était pas à qui nous donnerait le joujou le plus cher : cependant on créait autour de nous une chaude atmosphère d’entente familiale, sous le signe radieux : « Paix sur la terre… ». Mes chers enfants : c’est là le Noël que je vous souhaite. »

 

Marcelle AUCLAIR,

Source : « Art Ménagers », Décembre 1952.

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